sans connaissance

Dans ce roman à la langue crue, détonante et pleine d'humour, Éric McComber nous raconte l'histoire tragi-comique d'Émile Duncan, de son enfance dans le Montréal-Nord des années 1970 - violence et « granolisme catho-colonisé » - jusqu'à sa plongée dans la sensualité brute et l'alcool, entre neige sale et ciel bleu.
— David Rochefort

dimanche 21 janvier 2007

Revue Page des Libraires, Paris, janvier 2007


ENTRETIEN ÉRIC Mc COMBER (PAGE n° 108 janvier-février 2007, p.12)

Plongée dans le quartier Nord de Montréal avec pour guide Émile Duncan, héros de Sans Connaissance. Un roman rythmé où le joual, la langue des classes populaires québécoises, dynamite les dialogues.


Page : Le personnage d’Émile vous sert à faire le portrait de la génération née au début des années 1970, en pleine menace de guerre nucléaire, qui a trouvé refuge dans le rock’n roll et la bière.

Éric Mc Comber : J’ai l’impression que l’idéologie Peace & Love a perdu en route l’idée qu’il y avait une lutte à mener. On a laissé les grandes transnationales faire ce qu’elles voulaient. Avec une idée de départ d’arrêter la guerre, on s’est retrouvé aujourd’hui avec un monde qui n’avance pas beaucoup. L’Afrique, c’est la plus grande tristesse du XXe siècle. Si on ne change pas de direction, ça va être la honte de toute l’histoire de la race humaine.

Émile vit une longue errance à partir du moment où il part du domicile familial. Il abandonne ses études pour des questions matérielles et institutionnelles. Il y a une grande lucidité sur la société québécoise de ces dernières années.

Je parle beaucoup dans ce roman de la dérive infanticide du Québec. Il y a un peu de symbolisme par rapport à cela dans la relation que le personnage entretient avec son père. C’est très frappant ici. Autant les conservateurs que les libéraux, et même les partis politiques de gauche, tous tapent chacun leur tour sur les jeunes : on coupe les crédits à l’ éducation, les syndicats abandonnent les jeunes dans les conventions collectives…

L’utilisation du joual dans votre roman a déclenché une levée de boucliers.

Les grandes huiles du secteur de l’édition sont frileux par rapport au joual, au prétexte que les français vont nous détester si on écrit comme ça. Hemingway a écrit des bouquins qui se passent en Afrique et où figurent de longs dialogues en masaï pas traduits. Céline écrit avec la langue de son époque et de ses quartiers qui sont des quartiers populaires. Et leur langue est incroyablement vivante.

Vous faites écho à ceux dont les conditions de vie sont difficiles.

En fait, je n’ai jamais spécialement pensé à leur donner une voix. Je le fais de façon naturelle, en fonction de mon vécu. J’ai passé ma vie dans des boulots imbéciles, à vivre dans les quartiers très populaires. Je leur donne la parole sans faire exprès. Ma parole c’est leur parole et leur parole c’est la mienne.



Propos recueillis par Aude Samarut, Librairie Le Merle Moqueur, Paris 20e.

Lu et conseillé par :
A.-C. Demy Librairie Arcadie, Luçon
A. Samarut Librairie Le Merle Moqueur, Paris 20e

1 commentaire:

Zazu a dit…

Thanks for writing this.