sans connaissance

Dans ce roman à la langue crue, détonante et pleine d'humour, Éric McComber nous raconte l'histoire tragi-comique d'Émile Duncan, de son enfance dans le Montréal-Nord des années 1970 - violence et « granolisme catho-colonisé » - jusqu'à sa plongée dans la sensualité brute et l'alcool, entre neige sale et ciel bleu.
— David Rochefort

dimanche 18 février 2007

Le Mixeur, mars 2007, Lille



« Nous sommes élevés dans la non-violence, dans un sorte de granolisme grandiose catho-colonisé. En fait, à la base mon frère et moi apprenons à nous prosterner devant les institutions : nos parents…L’école…L’Eglise… Les lois… Les règlements, les traditions. (…) Bien qu’à moitié têtes carrées, nos parents nous inculquent soigneusement la tradition canadienne française de la soumission. L’expression en usage pour dire Pleutre est « pissou », déformation de Pea-soup, terme injurieux utilisé par les Canadiens anglais pour désigner les Québécois. »

Câlisse ! En cette rentrée littéraire 2007, un roman à la fois drôle et dur nous arrive directement du Québec. La pléthore de productions sans style fait pâle figure aux côtés de cette petite bombe nord-américaine. Né à Montréal en 1964, Eric McComber nous livre ici son deuxième roman, tragi-comique et cynique, à l’image du siècle débutant. « Sans connaissance » nous plonge dans l’histoire d’Emile Duncan, originaire du quartier nord de Montréal : « T’atterris chez la famille Duncan, au deuxième étage d’un centre de psychothérapie beatnik où d’innombrables détériorés du cantaloup se nodulent la gorge à longueur de journée en s’épluchant le petit vécu. Pas facile. »

Issu d’une famille modeste catholique, l’anti-héros passe son enfance à s’initier aux jeux violents des bandes qui régissent le quartier. Si au foyer les discours parentaux font « tendre l’autre joue » ; dehors, l’ingéniosité juvénile sert une loi du talion sans merci.

Sans connaissance est aussi le récit d’une errance. Noctambule du Plateau Mont Royal, Emile se perd dans la profusion d’alcool et de corps. Anyway… Malgré la quantité d’expériences vécues, il ne trouve pas la nourriture capable de le rassasier.
Avec lui, on croise des personnages loufoques, attachants d’autres répugnants, haineux, et tristement réalistes. De l’ami adolescent au génie provocateur mettant effrontément à nue l’abscond de l’institution scolaire jusqu’aux « rases-boule » (les néo-nazis), Emile se construit sans équivoque, à la lisière du pire. Il n’est pas sans faire penser au héros de Demande à la poussière de John Fante, soi disant inadapté mais surtout on ne peut plus vivant et humain.
Le roman d’Eric McComber évite l’écueil encouru  de la tiédeur. Emile ressent, rit, hurle, souffre, et nous avec lui. Chaque évènement est choisi et pleinement investi par l’auteur. Malgré la noirceur des accidents et des déboires d’une existence, le style reste lui vivant, dynamique et drôle. Il nourrit le personnage aux instants les plus tragiques. Eric McComber est musicien, comme son héros, et cela s’entend à la lecture !
Le patois québécois n’y est pas qu’utilisé. L’auteur se l’approprie, jusqu’au « ti-crisse de glossaire» situé à la fin du livre, dont les définitions originales rappellent que le joual est lui aussi, toujours en vie.

Si « Sans connaissance » n’est pas le livre de l’année, nos vœux auront été exaucés…





© 2007, Lucie Eple

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Voilà qui donne envie d'aller vite acheter ce bouquin pour le lire. Merci beaucoup.

É. a dit…

Eeh chouette !

Anonyme a dit…

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